Gbagbo, l'homme qui dit non
par Antoine Glaser,
rédacteur en chef
de la Lettre du Continent.
A la suite de l'agression d'un représentant de l'Onu, le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a accusé les partisans de Laurent Gbagbo de violer les accords de paix. Le président ivoirien encourt-il des sanctions ?
- Une sorte de bras-de-fer est engagé entre le président ivoirien et les Nations Unies. Le Conseil de sécurité des Nations Unies est sous présidence française jusqu'à la fin du mois, et compte tenu des mauvais rapports qui existent entre Jacques Chirac et Laurent Gbagbo, les pressions émanant de la France sont très fortes.
Par ailleurs, le président ivoirien s'entend très bien avec la Chine et la Russie, et donc s'il y avait un vote aux Nations Unies, ces deux pays, qui ont des intérêts stratégiques en Côte d'Ivoire, s'opposeraient certainement à d'éventuelles sanctions.
Pour saisir la situation en Côte d'Ivoire, il faut bien comprendre qu'elle est intimement liée à la politique française. D'où les tensions qui surgissent alors qu'on approche de la date du 31 octobre, originellement prévue pour la tenue des élections ivoiriennes.
Tout le monde sait désormais que ces élections seront reportées, la question est de savoir s'il s'agira d'un report technique, avant la fin 2006, ou d'un report plus important, après les élections en France. 4.000 soldats français sont présents en Côte d'Ivoire, ce qui représente un coût d'environ 350 à 400 millions d'euros par an, d'où la pression que souhaite mettre la France avant le 31 octobre.
De nombreux affrontements ont lieu en Côte d'Ivoire. Quelles sont les forces en présence ?
- Plusieurs groupes s'affrontent, notamment les Jeunes Patriotes, partisans de Laurent Gbagbo, qui sont souvent considérés comme des jeunes désoeuvrés, pouvant facilement être instrumentalisés. On trouve aussi les partisans du Rassemblement des Républicains (RDR) et ceux du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI). Ces différents groupes s'opposent sur des questions telles que le problème foncier ou la nationalité ivoirienne. La Côte d'Ivoire est restée sous cloche avec les trente années de présidence d'Houphouët-Boigny et ces problèmes n'ont pas été réglés, ils ressurgissent avec violence aujourd'hui.
Comme la France considère que les partisans de Gbagbo ruinent tout le processus mis en place par les Nations Unies, elle estime qu'il ne doit pas être reconduit. L'option française serait de maintenir Charles Konan Banny (actuel Premier ministre ivoirien, placé par les Nations Unies, NDLR) comme président de transition, avec une clause stipulant qu'il ne peut se présenter à la présidence. Ou encore de créer un espace présidentiel, avec un homme, toujours Banny sans doute, qui assurerait l'intérim, entouré de vice-présidents. En face, Laurent Gbagbo hausse le ton, s'appuyant sur la Constitution qui lui assure quasiment les pleins pouvoirs et sur ses alliés du continent africain. Il joue la carte de la rupture avec l'ancienne puissance coloniale, se présente comme l'homme qui dit non.
Quelles sont les conditions d'obtention de la nationalité ivoirienne et les problèmes qu'elle entraîne ?
- Au départ, il fallait, pour l'obtenir, être né de père et de mère ivoiriens. Puis les conditions ont changé, et il faut désormais qu'un des deux parents soit ivoirien.
Le cas d'Alassane Ouattara symbolise bien le flou qui entoure cette notion, Laurent Gbagbo a décidé qu'il pouvait être candidat à l'élection présidentielle alors même qu'il n'a pas la nationalité ivoirienne.
Pour les habitants du nord, l'obtention de la carte d'identité fait d'eux des citoyens à part entière, qui peuvent exercer leur droit de vote. Or, encore une fois, Laurent Gbagbo s'appuie sur un article de la Constitution qui stipule qu'il est possible de voter seulement cinq ans après avoir obtenu la nationalité. D'un point de vue juste technique, un appel d'offre vient d'être lancé pour savoir quelle société fabriquera les cartes d'identité. Ca en dit beaucoup sur le processus en cours. Il est fortement probable que les 3 millions de personnes qui doivent encore être recensées ne puissent pas l'être avant la date du 31 octobre 2006.
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